Bejo, à travers des témoignages d'experts, tente d'apporter des solutions pour que la culture de la carotte reste rentable à l'avenir. Ces spécialistes s'accordent à dire que la culture de la carotte a subi une évolution de sorte que les anciennes habitudes doivent être oubliées et que les producteurs doivent tenir compte de plusieurs paramètres tels que le changement climatique, la fertilisation, les défenses naturelles, un sol sain et la résilience naturelle des plantes.

Une nouvelle approche ciblant la rentabilité de la carotte

À l'avenir, la culture rentable exigera une nouvelle approche. Il ne s'agira pas de se rabbattre sur les anciennes habitudes et les cosneils généraux, mais de stimuler la vie du sol et la résilience naturelle des plantes. Selon le témoignage de trois spécialistes des cultures : "Les producteurs doivent à nouveau apprendre à cultiver".

La carotte a toujours été une culture intensive. Dans des conditions optimales, un producteur peut récolter 150 caisses par hectare. Toutefois, des rendements élevés avec une bonne durée de conservation sont loin d’être une évidence. Il suppose d’importants efforts en matière de fertilisation, de lutte contre les maladies et les ravageurs, de préparation du sol et — aujourd’hui plus que jamais — d’irrigation.

Cette culture présente, certes, un grand potentiel, mais les frais de culture sont élevés. De plus, le marché est exigeant et l’utilisation de certains produits chimiques et engrais est limitée.

La question se pose : que faut-il faire pour que la culture de la carotte reste rentable à l’avenir ? Bejo soumet cette question à 3 experts. Au quotidien, ils donnent des conseils en pratique, chacun à partir de sa propre expérience. Sander Bernaerts est conseiller en cultures maraîchères et en agriculture biologique. Chris van Laarhoven est spécialiste des sols et de la fertilisation en horticulture conventionnelle et biologique. Et Pius Floris est un spécialiste reconnu dans le domaine de la biologie des sols et fondateur de la société Plant Health Cure, producteur de champignons, de bactéries du sol et d’autres produits végétaux qui renforcent la résilience des plantes.

Les trois spécialistes s’accordent à dire que la carotte a subi une évolution en passant d’une culture agricole à une culture sous serre. Une approche standard pour les semis, la fertilisation et la récolte ne suffit plus, car les conditions dans le champ changent.

Changement climatique

Quelle est la principale cause de ces changements ?  
Sander Bernaerts : « À mon avis, le plus grand défi pour la culture des carottes est le changement climatique. Nous avons eu 3 printemps et étés extrêmement secs d’affilé. Cette année, certains producteurs ont irrigué les semis avec plus de 100 mm d’eau pour faire de beaux billons et faire lever les plants. Nous constatons également que la sécheresse prolongée alterne avec de fortes précipitations, ce qui entraîne un compactage du sol. Si cela persiste, ce sera vraiment très inquiétant ! »

« En tant qu’agriculteur, pour faire face à cette évolution, vous devez prendre soin du sol. Les producteurs doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour arrêter la détérioration du sol. Ne passez plus avec un tracteur à 6 cylindres sur les terres, si vous pouvez le faire avec un 4 cylindres. Prévoyez suffisamment de cultures de légumineuses dans le plan de culture et tenez compte des effets des cultures précédentes sur les carottes. Utilisez davantage de fumier solide pour constituer la matière organique. En bref, tout doit être calculé. Surtout dans une culture comme la carotte. »

Fertilisation

Selon les trois experts, il faut oser tourner le dos aux habitudes pour obtenir une culture rentable à l’avenir. Ils constatent, par exemple, qu’une fertilisation azotée généreuse est contre-productive. 

Van Laarhoven : « Cela fait 15 ans que je dis aux producteurs qu’ils donnent trop d’azote. Ils me disent : « Juste pour être sûr. Cela ne peut pas faire de mal. » Je leur réplique alors : « Une seule chose est sûre, vous en donnez trop ». Les producteurs aiment avoir des plantes bien vertes. Certes, la culture a un bel aspect, mais les feuilles ne se vendent pas. En plus, elles attirent les insectes indésirables. Je conseille un dosage minimal d’engrais au départ, puis, il faut en ajouter juste assez au cours de la saison pour que le feuillage reste vert. Une croissance minimum est nécessaire pour prévenir le mildiou et le feuillage doit rester assez vigoureux pour la récolte. »

Défenses naturelles

La nutrition des cultures n’est pas seulement importante pour la croissance et le rendement, mais aussi pour la résistance aux maladies et aux ravageurs. Dans ce domaine aussi, les producteurs peuvent agir.

Van Laarhoven : « La résistance des cultures est un aspect décisif pour la qualité du stockage. La plante doit être capable de produire des défenses naturelles contre les champignons. Pour cela, elle a besoin de cobalt et de silicium.

Le calcium joue un rôle majeur dans l’absorption de ces oligo-éléments. Cela semble simple, mais en pratique cela ne l’est pas car vous devez gérer les interactions entre les nutriments. Par exemple, l’absorption du calcium est inhibée par un excès de potassium. Nous conseillons donc de ne jamais donner de potassium avec la dose initiale d’engrais. Ce n’est qu’entre le stade de 4 et 6 feuilles que la plante a besoin de potassium. Et ce n’est qu’en cas de carence que l’on donne un complément avec un engrais potassique à faible teneur en chlore. » Selon les experts, l’engrais agricole, Kali 60, généralement utilisé, est désastreux pour les carottes, car le chlore affecte la vie du sol.

Un sol sain

Pius Floris estime que les producteurs appliquent autant d’engrais, car ils n’ont pas confiance en la qualité du sol. « Les plantes tombent malades à cause des engrais. Je les compare au fast-food. Ça a l’air délicieux, mais si tu ne manges que des hamburgers, tu vas tomber gravement malade. Il règne une idée fausse et persistante que l’absorption des nutriments se résume à leur disponibilité. C’est l’approche chimique. En réalité, les plantes absorbent les nutriments grâce à l’interaction entre leurs racines et les champignons du sol, mais l’utilisation d’engrais les prive d’une grande partie de cette capacité.

L’utilisation de pesticides cause aussi des dommages. Ils sont utilisés dans l’agriculture conventionnelle pour traiter les champignons nuisibles. Ils tiennent leurs promesses : ils tuent les nuisibles. Malheureusement, ils tuent aussi beaucoup de champignons bénéfiques. Il faut se rendre à l’évidence : une fois que les organismes du sol ont disparu d’une parcelle, ils ne reviennent pas d’eux-mêmes. » En effet, les organismes restants se précipiteront pour occuper l’espace, et ce ne sont généralement pas ceux que vous souhaitez.

« Nous préconisons de donner un coup de pouce aux bons champignons. Les biostimulants encouragent les plantes à combattre elles-mêmes la cause des maladies et des parasites. Par conséquent, vous améliorez la qualité du sol et la résilience de la culture. » L’entreprise de Floris, Plant Health Cure, fournit notamment des produits qui favorisent la colonisation et la croissance du champignon mycorhizien de la racine.

Résilience 

Les trois experts en pratique concluent : la réussite des cultures dépend de la santé du sol et de la résilience de la culture.

Pius Floris : « De nombreux producteurs sont devenus trop dépendants des produits. L’utilisation d’engrais chimiques et de biocides a gravement détérioré la qualité des sols pour de nombreux producteurs. Les sols mettent plusieurs années à se remettre. Mais en initiant ce changement, vous constaterez une différence au bout d’un an. » 

Chris van Laarhoven : « En ce qui me concerne, nous pouvons jeter les vieilles règles sur la fertilisation. Il est préférable de penser en termes de biologie, mais en s’orientant vers une réflexion systémique. Il faut stimuler les processus propres au sol, sans avoir à y appliquer une tonne de produits. »

Sander Bernaerts : « Les recommandations générales en matière d’engrais sont encore une aide utile, mais en tant que producteur, vous devez mener votre propre réflexion. De quoi avez-vous besoin dans votre situation pour obtenir une culture résistante ? Quelles sont les conséquences pour la vie du sol ? Effectuer des mesures est également l’un des aspects. Je m’étonne des producteurs qui dépensent des centaines d’euros par hectare en engrais sans prélever un seul échantillon de sol. »

 

 

La fertilité et le travail du sol et les techniques de semis sont décisifs

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