Nous vous proposons de découvrir ici un quatrième extrait de la 10ème édition francophone de notre magazine de l’oignon 2021 avec un article prospectif sur "La TIS pour lutter contre la mouche de l'oignon".

L'intérêt pour la Technique des Insectes Stériles (TIS) a considérablement augmenté suite à la suppression du pelliculage insecticide des semences d'oignons. Deux producteurs parlent de leur expérience avec la TIS dans la lutte contre la mouche de l'oignon. De Groene Vlieg s'attend à ce que l'intérêt pour cette technique augmente encore en 2021.

La TIS pour lutter contre la mouche de l'oignon

Entreprise agricole Lageweg - Agriculteurs à Hellevoetsluis (NL)

Pour Wim et Edward, père et fils, la culture de l'oignon représente une branche importante de l'entreprise. Ils cultivent des bulbilles de deuxième année pour le marché précoce. Ils ont choisi la variété d'oignons de semis jaunes Hystore, une variété qui se prête bien aux sols plus lourds. Dans le segment des oignons rouges, ils ont opté pour Red Tide.

La saison dernière, des semences traitées à l'aide d'un fongicide (pelliculage de base) ont été semées et la TIS de De Groene Vlieg a été mise en œuvre. L'entreprise Lageweg a souvent travaillé avec la TIS dans le passé. Mais en raison des effets limités du Mundial sur les thrips, elle a également utilisé des semences traitées pelliculées insecticide.

Les expériences de la TIS sont satisfaisantes, déclarent les agriculteurs. Peu voire pas du tout de plants morts ont été constatés cette saison. À Voorne-Putten, la technique est largement déployée, de sorte que la pression reste faible. Cela relève d'un intérêt commun à tous les producteurs d'oignons, l'entreprise Lageweg ne faisant pas exception. Les thrips sont maîtrisés de manière raisonnable à bonne grâce à des méthodes naturelles comme la préservation des prédateurs naturels et l'irrigation. « Le plus important est de préserver la croissance de la plante. Cela se voit tout particulièrement au bord du champ. Cette zone est peu arrosée et la charge des thrips y est plus importante. Même sans pelliculage insecticide, la culture de l'oignon se porte bien », concluent le père et le fils Lageweg.

Theo Vos - Agriculteur à Bant (NL)

L'entreprise Maatschap Vos cultive près de 100 hectares de pommes de terre de semence, d'endives, de betteraves, d'oignons et de céréales et loue également des terres pour les tulipes. Cette exploitation cultive des oignons pour la production de semences et d'oignons de semis pour la consommation ; au total, près de 20 hectares de terres renferment 10 à 20 pour cent d'argile.

Theo avait cette année une parcelle en location juste à côté du Noordoostpolder. L'année dernière, il y a cultivé des pommes de terre, mais cette saison il y a planté des oignons de semis rouges et jaunes. La culture des oignons demande une terre fraîche : il applique donc une rotation toutes les 12 saisons. Sur la parcelle en location, aucun oignon n'a été cultivé depuis plus de douze ans et quasiment aucun champ alentour n'abrite des oignons.  « Il ne devrait pas y avoir de dégâts directement causés par la mouche de l'oignon ici du fait qu'il y a eu très peu d'oignons dans le passé », indique Theo.

Pourtant, cette parcelle a quand même été touchée. « Au moins un demi hectare a été attaqué.» L'exploitation agricole établie à Bant se situe dans le rayon d'action de De Groene Vlieg pour l'introduction de mouches stériles. Maatschap Vos participe également au projet. Au nord de l'exploitation agricole et de la parcelle louée pour les oignons, pour la première fois De Groene Vlieg n'a pas introduit de mâles stériles cette année et s'est contenté de surveiller la pression de la mouche de l'oignon. Sur la parcelle en location, le sol se compose de sablon léger très hétérogène. Mi-avril, des oignons des variétés Hyroad et Red Baron avec pelliculage de base ont été semés dans le respect des directives de GlobalGAP. La pré-émergence se présentait bien. Mais mi-mai, Theo a découvert les premiers plants attaqués par des larves de mouche de l'oignon. « Vous essayez alors de prendre des mesures sur le plan chimique », explique Theo. « Nous avons procédé à plusieurs traitements. »

Heureusement, la situation s'est stabilisée fin mai, début juin. « Nous avons aussi eu cette idée à un moment donné. » Finalement, Theo déplore les dégâts causés par la mouche sur ses oignons. Il estime une perte de rendement de 40 % sur la parcelle. Cela incite à réfléchir à l'avenir de la culture des oignons dans la région. Theo conclut : « Nous avons envie de continuer à cultiver des oignons de semis, mais nous sommes contraints de réduire la surface de culture. »

Arjan Hurink - De Groene Vlieg

L'intérêt pour la Technique des insectes stériles (TIS) de De Groene Vlieg a considérablement augmenté suite à la suppression du traitement insecticide des semences d'oignons. En 2020, l'entreprise s'est agrandie de 40 pour cent et surveille entre 14 000 et 15 000 hectares d'oignons. L'intérêt pour la TIS devrait encore s'intensifier la saison prochaine, annonce Arjan Hurink, responsable des ventes et du marketing chez De Groene Vlieg.

La mise en œuvre de mouches de l'oignon stériles ne peut réussir que si le degré de couverture est suffisant dans une région, explique Arjan. Grâce à l'introduction de mouches stériles, la pression de cet insecte nuisible est maîtrisée dans de grandes parties des Pays-Bas. Seuls le Nord du Noordoost-polder et quelques zones dans la province de Drenthe ne sont plus couverts par la TIS. « La pression y est trop forte, cela équivaudrait à mettre un emplâtre sur une jambe de bois », explique-t-il. « Nous continuons d'assurer une surveillance, afin que les producteurs puissent utiliser des produits phytosanitaires de manière efficace. »

 

 

la technique des insectes stériles a fait ses preuves. Voilà où en est notre réflexion.

Arjan Hurink, responsable des ventes et du marketing chez De Groene Vlieg

Pas de dommages visibles

Les régions soumises à la plus forte pression sont celles présentant un sol léger, des petits oignons et une culture intensive. Lorsque les semences d'oignons traitées par pelliculage insecticide étaient encore autorisées, la pression de la mouche de l'oignon était déjà élevée dans ces régions mais les producteurs ne subissaient pas de dommages. Ils s'en sortaient très bien avec les semences traitées, raconte Arjan. « Le pelliculage insecticide protège l'oignon contre la mouche de l'oignon pendant six à huit semaines. Ensuite, le traitement n'agit plus alors qu'une nouvelle émergence doit se produire. En revanche, le risque de dommages est considérablement réduit lorsque les oignons durcissent. Plus tardivement dans la saison, nous constatons que les oignons attaqués par les mouches présentaient déjà des dommages ou étaient affaiblis pour d'autres raisons. »

Dans les régions de culture intensive de l'oignon où une grande proportion des producteurs introduisent des insectes stériles, la mouche de l'oignon est parfaitement contrôlée, selon Arjan. Le Sud-Ouest des Pays-Bas, où les producteurs appliquent la TIS depuis toujours, en est un bon exemple. Arjan : « Tout repose sur la collectivité. Lorsque la pression devient très élevée, nous pouvons décider d'appliquer une pulvérisation en concertation avec les producteurs. Par la suite, nous pouvons à nouveau relâcher des mouches stériles. »

Il est très important de poursuivre la lutte contre la mouche de l'oignon car la reproduction de la mouche s'étend sur toute la saison, explique Arjan. « C'est pourquoi De Groene Vlieg continue de relâcher des mouches stériles jusqu'à la fin de la deuxième émergence. De cette façon, nous tentons de réduire au maximum la pression pour l'année suivante. C'est également la raison pour laquelle nous poursuivons la TIS jusqu'à la fin de la saison », ajoute-t-il.

Réflexion

Selon Arjan, il n'est pas encore possible d'étendre la couverture au niveau national, mais De Groene Vlieg reste ouvert à de nouvelles régions. « Chaque année, ce sont pas moins de 35 000 ha d'oignons qui sont cultivés. Nous aspirons à étendre la TIS à 20 000 hectares en 2021. Dans les nouvelles régions, nous allons nous contenter d'effectuer un suivi la première année ; lorsque nous estimerons que nous pourrons maîtriser la mouche de l'oignon, nous proposerons la TIS. Nous nous développons autant que possible, mais nous devons élever nous-mêmes les mouches. Un véritable défi. Nous travaillons sur de nouvelles techniques d'élevage mais cela ne semble pas suffisant pour répondre à la demande du marché. La lutte chimique était simple mais elle n'est plus efficace. Le fait est que la technique des insectes stériles a fait ses preuves. Voilà où en est notre réflexion. »